Depuis des mois, l’attitude de Donald Trump à l’égard du régime nord-coréen relance les spéculations sur une , possiblement , avec le régime de Kim Jong-un. Après le nouvel essai  effectué par Pyongyang, les Etats-Unis n’hésitent plus à se dire prêts à utiliser leurs capacités . La spécialiste de la région Juliette Morillot, voit plusieurs scénarios pour une situation imprévisible. 

« Donald Trump n’exclut pas un conflit majeur avec la du Nord », « Trump sonne la charge contre Pyongyang »… Depuis quelques mois, les tensions entre la du Nord et les Etats-Unis font les gros titres. L’attitude de Donald Trumpà l’égard du régime autoritaire du pays ermite donne des sueurs froides, certains n’hésitant pas à agiter le spectre d’une , ou d’une troisième mondiale.

[Mise à jour du 4 septembre] Après un nouveau test de missile balistique intercontinental en juillet, Kim Jong-un avait affirmé que son pays avait désormais la capacité de frapper « tout le territoire américain ». Le 9 août, les Nord-Coréens ont déclaré qu’ils envisageaient de tirer des missiles vers les bases américaines de l’île de Guam. Ce à quoi Donald Trump a répondu par une nouvelle escalade verbale, promettant une réaction « que le monde n’a jamais vue» et n’hésitant pas à évoquer « le feu et la colère ». Le dimanche 3 septembre, le régime nord-coréen a pourtant effectué un nouvel essai nucléaire, d’une puissance beaucoup plus importante que les précédents.

« Il est utile de rappeler que techniquement, les deux sont encore en guerre», précise Juliette Morillot, historienne et spécialiste de la péninsule coréenne, qui signe avec Dorian Malovic La Corée du Nord en 100 questions. Pour elle, l’analyse doit se dégager de la propagande et traiter autant que faire se peut le régime autoritaire comme un Etat normal :  « La Corée du Nord n’a pas une attitude suicidaire. Ses dirigeants veulent une reconnaissance diplomatique qui aboutirait à un traité de paix sur la péninsule et à un pacte de non-agression avec les Etats-Unis. »

Photo fournie par la Marine américaine, du porte-avions Carl Vinson et de sa flotte, censé naviguer vers la Corée du Nord

Ce qui change dans l’équilibre fragile sur lequel repose la région, c’est l’élection de Donald Trump :  « Depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un, son imprévisibilité fait débat. Dans la situation actuelle, c’est plutôt celle de Donald Trump qui est à redouter ». Une attitude qui pourrait aboutir à plusieurs scénarios.

Scénario 1 : la catastrophe. Une guerre, nucléaire ou non 

« Il est impossible de frapper la Corée du Nord sans qu’elle ne réplique en frappant plus fort », prévient John Delury, qui enseigne les relations internationales à l’université Yonsey de Séoul.

« Le bluff de Donald Trump est inquiétant : c’est risquer très fortement un dérapage qui provoquerait un cataclysme »

Une frappe préventive sur les installations nucléaires du pays, à laquelle avait pensé Bill Clinton en 1994, sonnerait donc le coup d’envoi d’une réplique de la Corée du Nord. Pour Juliette Morillot, « si l’annonce de Donald Trump de l’envoi d’une armada est un bluff, c’est un bluff inquiétant, car c’est risquer très fortement un dérapage qui provoquerait un cataclysme. »

« Il me semble que la Corée du Nord ne déclenchera pas les hostilités »

Mais il n’est pas besoin d’en arriver là pour mettre le feu aux poudres.  « Une action mal interprétée d’un côté ou de l’autre pourrait faire basculer les choses », redoute Juliette Morillot. Avant de préciser : « Il me semble que la Corée du Nord ne déclenchera pas les hostilités, et n’attaquera pas la première, mais ils sont prêts à réagir ». La question est de savoir de quel type de réaction on parle. « Sans même parler d’armes et de missiles nucléaires, les dégâts provoqués par des armes conventionnelles comme l’artillerie seraient immenses quand on sait que l’aire urbaine de la capitale sud-coréenne compte 25 millions d’habitants , précise Juliette Morillot. Sans oublier que l’armée nord-coréenne compte plus d’un million de militaires actifs. La zone est un mouchoir de poche, Pyongyang est à moins de 200 kilomètres de Séoul. » Et l’artillerie nord-coréenne se situe à une soixantaine de kilomètres de la capitale du Sud. A l’époque où l’administration Clinton envisageait une frappe sur la Corée du Nord, des estimations du bilan humain d’une guerre dans la péninsule faisaient état d’un million de morts.

Carte des possibles frappes de l’artillerie nord-coréenne sur la Corée du Sud, établie par Stratfor

 

Le scénario d’une guerre nucléaire est-il quant à lui probable ? Le risque n’est pas à exclure, selon Juliette Morillot : « L’arme nucléaire c’est l’assurance vie du régime nord-coréen, mais c’est l’arme du pauvre. Paradoxalement, la vétusté de l’armée conventionnelle rend le recours au nucléaire plus probable. Plus vous avez une accumulation de troupes, plus les risques de dérapages augmentent. » 

Un risque qui provient également de l’imprévisibilité liée à l’évolution des géants de la région : « Remilitarisation du Japon,  vacance du pouvoir en Corée du Sud, et Donald Trump, donc, qui sort de la stratégie de Barack Obama du « pivot asiatique » et de la « patience stratégique » ». Des pays qui ont pourtant la possibilité de faire advenir un scénaro différent du scénario catastrophe.

Scénario 2 : la désescalade. Négociations et diplomatie

Si les gros titres mettent en avant le fait que Donald Trump ait évoqué la possibilité d’un « conflit majeur », il est au moins aussi important de souligner que Rex Tillerson, le secrétaire d’Etat à la défense américaine, a déclaré ne pas exclure un dialogue direct avec le régime nord-coréen.

« La Corée du Nord veut un dialogue bilatéral avec Washington »

Pour Juliette Morillot, un tel scénario pourrait bien être la solution à la crise : « La Corée du Nord veut un dialogue bilatéral avec Washington. Si Trump voulait vraiment faire un coup d’éclat, il irait à Pyongyang. Mais l’envoi de quelqu’un de haut placé dans l’administration Trump pour des tractations directes entraînant une reconnaissance du régime est un préliminaire à toute avancée. Se relancer dans un traité de paix calmerait tout. Ce que veulent les Nord-Coréens, c’est la reconnaissance, la signature d’un traité de paix et la survie du régime. »

Un scénario de désescalade qui nécessiterait la participation des géants de la région, à qui la situation actuelle semble convenir, malgré les sanctions régulièrement votées dans le cadre de l’ONU : « Depuis des années, la Corée du Nord maintient le statu quo de façon assez habile, en jouant sur les contradictions de la communauté internationale. Le Japon n’a aucun intérêt à voir les choses se calmer, notamment dans l’optique de son réarmement. La estime que la Corée du Nord est une zone tampon assez pratique pour maintenir l’influence américaine loin de ses frontières. Et l’ennemi nord-coréen est la seule raison qu’ont les Etats-Unis de maintenir une présence militaire dans cette zone, face à l’inquiétante montée en puissance de la »

Scénario 3 : la réunification des deux Corée 

Un tel dialogue, entamé avec les Etats-Unis, pourrait-il aboutir à une éventuelle réunification des deux Corée ?  La situation en Corée du Sud évolue, selon Juliette Morillot : « Les candidats mieux placés dans les sondages en Corée du Sud penchent pour le dialogue avec Pyongyang. L’opinion publique sud-coréenne ne craint plus trop le voisin du nord. »

« Sentimentalement, les Coréens ont tendance à vouloir la réunification »

« Sentimentalement, les Coréens ont tendance à vouloir la réunification. Mais aujourd’hui, les jeunes générations s’en fichent royalement. Pour les parents et les grands-parents, il existait une proximité, notamment au niveau familial, mais ces liens sont distendus chez les jeunes. Ils n’ont pas vécu la guerre de Corée, et n’ont plus trop peur. Ils connaissent des réfugiés, mais c’est tout. Au-delà des mots, la Corée du Sud n’a pas envie d’une réunification. Les Nord-Coréens veulent sur le papier une réunification, mais le principal reste la survie du régime. »

Un homme brandit le symbole de la réunification des deux Corée

Une survie qui passe par l’absence de provocations trop importantes, qui aboutiraient à des mesures de rétorsions, notamment américaines. Pour la spécialiste, le régime de Kim Jong-un « n’est pas un régime comme un autre, mais rien n’empêche de comprendre leur position, et leur réaction, pour savoir quoi faire. A force de tomber dans le storytelling, on oublie de comprendre la situation historique. Il faut comprendre les doubles discours. Il faut expliquer ce qu’il se passe. »

Espérons que Donald Trump soit entouré de suffisamment de conseillers qui comprennent la complexité de ce qui se joue dans la péninsule. Et que la troisième guerre mondiale ne soit pas déclenchée par un tweet matinal de l’homme le plus puissant du monde. 

 

Source

 

Commentaires